Les crayons rouges

Ce matin, j’entends sur la radio une professeure indignée et en burn out, parce qu’un film fait par deux de ses élèves sous ses jupes se promène sur les réseaux sociaux allégrement et qu’elle est moquée dans la rue par tout le monde.

Elle a dû se battre pour que les deux élèves à la base de ce film culturel soient enfin exclus définitivement de leur école secondaire que je le ne citerai pas.

Trois remarques :

1) Des élèves prennent le temps de faire un tel film au lieu d’écouter l’enseignement donné. Ils n’ont plus rien à faire en établissement scolaire ou ils doivent opter, si leur niveau le permet, pour l’enseignement du cinéma. Mais je doute d’une telle orientation possible pour eux malgré une vocation éventuelle.

 L’état n’a plus les moyens de payer des cours à des vacanciers  boutonneux. Découvrir le monde du travail va les faire vite mûrir et leurs boutons d’acné avec.

2) pourquoi cette enseignante a dû se battre pour être correctement défendue, à défaut d’être protégée par les responsables de l’éducation nationale ? Deux poids, deux mesures, et pas de vagues dans mon établissement où tout va bien très bien madame la Marquise et M. l’Inspecteur d’Académie.

 Cela me rappelle les chefs d’établissement qui ne voulaient pas de surveillance à la sortie de leur boutique pour interpeller dealers et autres commerçants juvéniles non diplômés d’H.E.C. mais bien formés sur les prix et les poids…

Alors que les surveillants et C.P.E., (conseilleurs principaux d’éducation, soit les anciens surveillants généraux), demandaient une action policière, même au sein de l’école. C’était aussi ignorer que la voie publique commence à la sortie de leur établissement et n’appartient plus au chef d’établissement.

Leurs réponses:   » Que vont penser les parents de mon établissement ? Je perdrai des élèves à la rentrée…Nous faisons assez la police chez nous sans avoir besoin de vous dehors. » Etc…

Une fois bien débordés par les marchands de stups, les élèves bien dans les vapeurs de toutes sortes, certains hospitalisés après une overdose, la presse intervenue et dénonçant le problème publiquement – souvent par saisine des parents d’élèves – ( J’ai quelques souvenirs pour avoir été président départemental de parents d’élèves ) , ils appelaient au secours en écrivant partout pour pleurer et demandant:  » Mais que fait la Police ? « .

En plus, avec les GLTD (Groupe Local de Traitement de la Délinquance, soit un groupe se réunissant régulièrement  parfois chaque semaine ou chaque mois pour mieux aborder le traitement de la délinquance sur un secteur précis ), je devais répondre à des personnes passant de la tolérance coupable à l’indignation outrée du laxisme policier, sans honte ni gêne de leur tardive reconversion magique à la répression…

Heureusement, le procureur de la République mettait les pendules à l’heure, sachant bien lui ce que l’on faisait quotidiennement, ou au moins tentions de faire…

J’avais l’impression d’être un accusé mis sur la sellette en permanence. Tout cela est un vécu personnel.

Les délinquants rigolant dehors, et nous au tribunal à leur place…Le monde à l’envers.

3) ne pas défendre correctement cette enseignante est en fait favoriser  par passivité les  « burn out » et dépressions  des enseignants.

Cette enseignante précise vouloir reprendre son travail, malgré une dépression et dès la semaine prochaine, estimant devoir enseigner aux autres élèves non solidaires de cette infamie. Je lui souhaite bon courage et ne doute pas que ses collègues sauront l’entourer, voire son chef d’établissement.

On parle de « crayons rouges » qui manifestent sur leurs conditions de travail et par manque de considération générale envers eux. L’enseignement a perdu son aura habituelle et le respect ancien envers le savoir, même au niveau universitaire. La faute à qui ? Vaste débat à entrevoir plus tard, certains parlant de mai 1968…

On peut légitimement comprendre ce mouvement des crayons rouges, même si mettre 20 à tous les élèves et bloquer les notes pour Brevet et Bac ne sont pas des solutions hyper géniales…

 Car nous devons aussi regarder les soucis d’autres fonctionnaires que ceux de la Police…

D’autant que l’U.N.R.P. appartient à un pôle de la Fonction publique avec les retraités de l’enseignement, les officiers mariniers – j’en ai encore vu aucun localement…, l’ U.N.P.R.G. soit les retraités de la Gendarmerie et l’ANR, les retraités de la Poste et de France Télécom.

Plus solidaires entre nous, plus forts nous serons.

                        Dominique BAGUET,

 

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